Fable ou Histoire (Châtiments III, 3, Victor HUGO, 1853)

Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d'une peau de tigre se vêtit.
Le tigre avait été méchant, lui, fut atroce.
Il avait endossé le droit d'être féroce.
Il se mit à grincer des dents, criant : « Je suis
Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits ! »
Il s'embusqua, brigand des bois, dans les épines ;
Il entassa l'horreur, le meurtre, les rapines,
Egorgea les passants, dévasta la forêt,
Fit tout ce qu'avait fait la peau qui le couvrait.
Il vivait dans un antre, entouré de carnage.
Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
Il s'écriait, poussant d'affreux rugissements :
Regardez, ma caverne est pleine d'ossements ;
Devant moi tout recule et frémit, tout émigre,
Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre !
Les bêtes l'admiraient, et fuyaient à grands pas.
Un belluaire vint, le saisit dans ses bras,
Déchira cette peau comme on déchire un linge,
Mit à nu ce vainqueur, et dit : « Tu n'es qu'un singe ! »

Problématiques :

En quoi V. HUGO s’inscrit-il dans la tradition de  la fable ?

Que dénonce V. HUGO et comment ?

En quoi ce texte est-il  un apologue ?

Une proposition de plan :

I. Les éléments de  la  fable

1. Forme et énonciation

- Un récit

- Un texte poétique

- La vivacité du style

2. Personnages

II. La dénonciation

1. Critique de Napoléon III

- Morale
- politique

bilan : un texte satirique

2. Le dénonciateur : rôle du poète

Conclusion Un pastiche de LA FONTAINE  pour dénoncer les abus de pouvoir, satire sévère de l’Empereur «Usurpateur » qui est ici ridiculisé. Victor HUGO s’inscrit dans une tradition qui remonte à l’Antiquité et qui emprunte à l’esprit des moralistes du 17ème siècle par certains aspects, mais qui est surtout en phase avec sa vision du rôle du poète : celui qui doit éveiller les consciences. Ici, le ridicule et le rire qu’il provoque est un moyen de la dénonciation.