Le chapitre 19 de Candide est resté comme un des textes majeurs de la lutte contre l'esclavage . Tout comme  Montesquieu, qui publiait le célèbre "De l'esclavage des nègres" (L'esprit des Lois, 1748), Voltaire y dénonce le scandale des pseudo-justifications de la Traite des noirs. La force de Montesquieu était l'emploi de l'ironie, qui mettait en évidence le discours spécieux des esclavagistes. Voltaire profite à nouveau du parcours de son jeune héros pour le mettre en présence d'un esclave dont la description, simple et dénotée, suffit à illustrer l'horreur du traitement dont il est victime : "ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite." Le lecteur est alors surpris du détachement résigné du personnage : "c'est l'usage." ! Nous apprenons en effet que des règles sont la justification de cet état : "On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrappe le doigt, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas." . L'injustice insoutenable de telles lois fera bondir tout lecteur doté d'un minimum d'humanité. Pourtant, Voltaire fait ici directement allusion au Code Noir, edicté par Colbert en 1685, qui régissait les conditions de vie -et de mort !- des esclaves. Ces atrocités sont donc le fait de la loi française. Cette inhumanité sera également dénoncée par JAUCOURT dans un article de la fameuse Encyclopédie intitulé "Traite des nègres". (1756)

La marche vers l'abolition était donc en marche . On rappelera toutefois qu'il faudra attendre 1848 pour qu'elle soit définitivement promulguée en France ! Par ailleurs, si l'escalavage est abandonné dans la plupart des pays occidentaux, on parle encore d'apartheid au 20ème siècle. Les inégalités criantes de l'Amérique des années 60 seront pointées avec virulence par Martin Luther King . Le discours , la parole, le texte ont été et restent encore des armes pour promouvoir la tolérance et l'égalité entre les hommes. On peut s'en souvenir pour poursuivre ce combat aujourd'hui.